06/08/2026
Apport d'un logiciel ou d'un SaaS au capital d'une startup : évaluation, preuve de propriété, fiscalité et rôle du commissaire aux apports
Lorsqu'un ou plusieurs fondateurs ont commencé à développer un logiciel, une application ou une plateforme SaaS avant la création de leur société, deux questions se posent au moment de la constitution du capital : qui est titulaire des droits sur ce code, et comment l'évaluer sans risque de surévaluation. Le choix entre un apport en pleine propriété et une concession de licence contre redevance est structurant — tant sur le plan juridique, fiscal, comptable que sur la responsabilité pénale et civile des dirigeants, des associés et du commissaire aux apports.
Le cas est fréquent en écosystème startup : le code, la première version fonctionnelle du SaaS, l'algorithme ou le module IA ont été construits par le fondateur seul, ou en copropriété intellectuelle avec un cofondateur, un développeur freelance ou un partenaire académique, avant même l'immatriculation de la société bénéficiaire.
Trois configurations reviennent :
L' article L.111-1 du CPI pose que « l'auteur d'une œuvre de l'esprit jouit, du seul fait de sa création, d'un droit de propriété incorporelle exclusif et opposable à tous ». Les logiciels sont expressément visés à l'article L.112-2, 13°, sous condition d' originalité (apport intellectuel propre).
Conséquence directe pour la startup, souvent ignorée des fondateurs : payer un développeur ne suffit pas à devenir titulaire du code . Seul le contrat de travail entraîne une évolution automatique des droits patrimoniaux à l'employeur ( article L.113-9 du CPI ).
Toute autre relation — freelance, prestation, mandat social, scène — exige une cession écrite expresse respectant le formalisme strict de l' article L.131-3 du CPI : mention distincte de chaque droit cédé, délimitation de l'étendue, de la destination, du lieu et de la durée d'exploitation.
Avant tout apporter, le commissaire aux apports vérifie que l'apporteur peut prouver :
Étape Preuve attendu
Date certaine de création Dépôt à l'Agence pour la Protection des Programmes (APP) ou Logitas, enveloppe Soleau, dépôt notarié, horodatage blockchain (INPI)
Titularité des coauteurs Contrats de cession L.131-3 CPI signés par chaque contributeur (freelance, stagiaire hors recherche, prestataire)
Absence de droits résiduels Attestations de non-revendication, purge des dépendances open source (compatibilité GPL/MIT/Apache)
Copropriété organisée Convention d'indivision entre coauteurs précisant les modalités d'exploitation commune (art. L.113-3 CPI)
En l'absence de cette chaîne, l'apport est fragile : un coauteur oublié peut ultérieurement revendiquer sa quote-part de droits patrimoniaux et bloquer l'exploitation par la société.
L'apport peut être réalisé au profit d'une société en formation — les statuts identifient précisément l'apport et l'engagement de reprise interviendra dans l'acte d'immatriculation. Le traité d'apport doit définir distinctement chaque droit patrimonial cédé (reproduction, représentation, adaptation, distribution) sous peine de nullité partielle.
Lorsque l'apporteur est une personne physique inventeur au sens du droit d'auteur, l'apport constitue une opération assimilée à une cession générant une plus-value . La valeur d'apport moins les frais engagés (recherche, développement, maintenance) constitue l'assiette.
L'article 93 quart du CGI— dans sa rédaction en vigueur — organiser un rapport d'imposition de la plus-value constatée lors de l'apport, par un inventeur personne physique, d'un logiciel protégé par le droit d'auteur , d'une invention brevetable ou d'un actif incorporel éligible au régime IP Box de l'article 238 du CGI, à une société chargée de l'exploiteur.
Caractéristiques du rapport :
Si le fondateur préfère concéder une licence à la société plutôt qu'apporter la pleine propriété, les redevances perçues par la personne physique auteur du logiciel original relevant, sur option, du régime des plus-values professionnelles à long terme ( article 93 quater I al. 2 du CGI ) taxées au prévu à l'article 39 quindeties du CGI, sous réserve que le créateur soit imposé en BNC et que le logiciel original.
L'apport pur et simple d'un actif incorporel à une société soumise à l'IS est exonéré de droits d'enregistrement (article 810 bis CGI). L'apport à titre onéreux (avec prise en charge d'un passif) suit un régime différencié.
C'est la question centrale du dossier. Le choix engage la structure de bilan, la fiscalité de l'associé, la trésorerie de la startup et la valeur perçue par les futurs investisseurs.
Position de la place — retour d'expérience des cabinets et avocats spécialisés startup (intervention d'un avocat en PI, cas d'apport de logiciel préexistant) : la licence exclusive contre redevance est souvent recommandée en amorçage lorsque la valeur du logiciel est incertaine, difficile à justifier ou lorsque le fondateur souhaite conserver un actif patrimonial hors société. L' apport en pleine propriété est privilégié dès qu'une levée de fonds structurée est envisagée : les investisseurs exigeant que la société soit propriétaire de sa technologie.
Le commissaire aux apports est libre du choix de la méthode dès lors qu'elle est justifiée (Cass. crime. 22 janvier 1990, n° 88-84955). La bonne pratique impose la convergence de plusieurs méthodes .
Recensement du coût de développement engagé avant l'apport : temps passé valorisé au taux journalier moyen d'un développeur senior, frais d'infrastructure cloud, licences tierces, prestations externes. Limite : ne reflète pas la valeur économique future — plancher indicatif uniquement.
Actualisation des flux futurs de trésorerie générés par l'exploitation du logiciel. Adapté aux SaaS mûrit avec MRR/ARR observable. Difficile pour un logiciel préalable à l'exploitation commerciale — hypothèses à documenter (pipeline, taux de conversion, churn).
Méthode de référence pour les actifs incorporels selon IAS 38 : la valeur du logiciel équivaut à la valeur actuelle des redevances économisées grâce à la détention en propre plutôt qu'à une licence externe (Hectelion, 2025). Taux de redevance benchmarké sur transactions comparables (5 % à 25 % du CA logiciel selon la criticité).
Multiples de transactions récentes sur logiciels comparables (× ARR, × MAU, × lignes de code fonctionnels). À utiliser en confirmation — rarement en méthode principale seule.
Livrable attendu : le rapport du commissaire aux apports doit exposer, méthode par méthode, la fourchette obtenue, retenir la valeur d'apport avec justification et conclure à l'absence de surévaluation .
Conséquence pratique : le commissaire aux apports doit être strictement indépendant de la société bénéficiaire.
L'expert-comptable prépare le dossier en amont — mais ne peut pas être commissaire aux apports sur la même opération (Cass. com. 28 mai 2026).
Le commissaire aux apports (CAA) est nommé à l'unanimité des associés ou par décision de justice ( art. L.225-147 et L.223-9 C. com. ). Sa mission diligente pour un logiciel actif implique :
Les honoraires du CAA sont libres et proportionnés à la complexité. Un logiciel préexistant en copropriété intellectuelle relève de la mission complexe : audit juridique de titularité + valorisation par convergence de méthodes. Un rapport peut être délivré en 48 à 72 heures pour un dossier simple bien préparé chez Khadiri & Co.
Khadiri & Co est un cabinet parisien d'expertise comptable et de commissariat aux comptes, dirigé par Said Yanis Khadiri, expert-comptable et commissaire aux comptes inscrit à la CRCC de Paris, fort de 35+ années d'expérience en évaluation d'entreprise, apporte en nature, fusions, transformations et audit juridique.
Notre positionnement sur les apports de logiciels et SaaS :
Oui, sauf dispense prévue par les articles L. 225-147-1 et L. 223-9 du Code de commerce (petits apports en SARL). La désignation intervient à l'unanimité des associés ou, à défaut, par décision de justice. Le rapport est déposé au greffe avec les statuts et devient opposable aux tiers.
Khadiri & Co délivre un rapport en 48 à 72 heures pour un dossier simple bien préparé, dès 990 € HT. Le délai peut atteindre deux à trois semaines pour un logiciel en copropriété intellectuelle nécessitant un audit complet de la chaîne de titularité et une convergence de quatre méthodes d'évaluation.
Oui, et c'est fréquent en amorçage. La licence exclusive contre redevance permet de conserver l'actif dans le patrimoine personnel du fondateur et de bénéficier du régime des plus-values professionnelles à long terme (art. 93 quater I al. 2 CGI). Attention : les investisseurs en levée de fonds exigent en général que la société soit propriétaire de la technologie.
Non, depuis l'arrêt Cass. com., 28 mai 2026, n° 25-13.211. Les fonctions de commissaire aux apports sont incompatibles, à peine de nullité, avec une mission antérieure d'expertise-comptable pour la société bénéficiaire. La nullité s'étend à la lettre de mission et prive le professionnel de ses clauses limitatives de responsabilité.
Trois risques cumulatifs : nullité de l'apport, responsabilité civile de l'apporteur (rapport de la surévaluation à la société), et responsabilité pénale du dirigeant et du commissaire aux apports en cas de majoration frauduleuse (Cass. crim., 5 novembre 2008). Une convergence documentée de plusieurs méthodes d'évaluation reste la meilleure protection.
Saïd Yanis Khadiri, Expert-Comptable et Commissaire aux Comptes inscrit à la CRCC Paris depuis 1996 (identifiant H2A n° 66008556), fondateur de Khadiri & Co. Membre élu du Conseil National de la CNCC (octobre 2024). 35 ans d'expertise en évaluation d'entreprise, apports en nature, fusions, transformations et audit juridique. LinkedIn · Ordre des Experts-Comptables · H2A France.